Bugatti – Koenigsegg : Duel de vitesse ou duel marketing ?

Les deux constructeurs se disputent depuis plusieurs années des records de vitesse. Dans quel but ?

Le 11 septembre dernier, Bugatti officialise un record du monde du 0-400-0 km/h réalisé en 41’’96 par la Chiron. Le constructeur alsacien en profite également pour signaler que cette performance ne constitue qu’une « première étape ». En 2018, la Chiron s’attaquera au record du monde de vitesse. Ce dernier est pour le moment détenu par la Hennessey Venom GT, flashée à 435,1 km/h. Mais elle n’est pas vraiment considérée comme voiture de production car produite à seulement 29 exemplaires (il en faut au minimum 30).

Seulement, la joie est de courte durée chez Bugatti. Le 5 octobre, Koeniggseg publie sur ses réseaux une photo teaser de l’Agera RS accompagnée d’un « 0-400-0MG » (« Oh My God »). Le lendemain, une vidéo de l’hypercar suédoise réalisant le même exercice en 36’’44 est dévoilée. Cinq secondes plus vite que « sa grande rivale », trois semaines plus tard. Comme si Koeniggseg avait voulu montrer qu’il pouvait pulvériser en un rien de temps un record que Bugatti avait minutieusement préparé. Reste à savoir si le constructeur nordique procédera de la même manière pour le record du monde de vitesse. A priori, on devrait se rapprocher ou battre les 450 km/h. L’Agera RS est annoncée à 442km/h tandis que la Chiron peut atteindre 420 km/h, en étant bridée. Mais pourquoi se livrer une telle bataille ?

La vitesse de pointe comme seul terrain d’entente

Si on les compare, ces deux hypercars n’ont que peu de points en communs. Dans un premier temps, si on se fie au règlement, elles ne jouent pas dans la même catégorie. L’Agera RS, plus artisanale et produite à moins de 30 exemplaires, n’est pas considérée comme une voiture de production, tandis que 500 Chiron seront produites. Et puis, elles possèdent des motorisations différentes, elles n’ont pas les mêmes poids, pas les mêmes profils, les mêmes prix (exorbitants pour les deux mais avec un million d’euros de différence) … Finalement, ce qui les rapproche, c’est qu’elles peuvent aller très vite.

C’est un peu le même type de bataille que se livre Porsche et Lamborghini au Nürburgring. A la différence que les records du Ring sont effectués sur un même tracé. Mais de la même manière que certaines sportives de production ont pour but de claquer le meilleur chrono sur la Nordschleife, d’autres visent un record du monde de vitesse de pointe. Car c’est le seul terrain sur lequel elles peuvent s’affronter. Koenigsegg a déjà prouvé ses qualités sur circuit et devrait s’attaquer prochainement au Nürburgring après un premier essai raté (La One :1 s’était crashée alors qu’elle visait un record en 6’40, possible selon Christian Van Koenigsegg). Pas sûr que la Chiron et ses presque deux tonnes soit très à son aise sur le Ring.

Une exposition non négligeable

Mais alors, pouvoir atteindre les 400 ou 500 km/h en 2017, qu’est-ce que cela signifie ? Comme pour les marques qui s’attaquent au Ring, c’est avant tout une affaire de prestige. Un record de vitesse, en termes d’exposition et sur le plan marketing, ce n’est pas négligeable. Et puis, c’est un record qui n’est accessible qu’à un cercle très fermé de super et hypercars. Aux yeux du grand public, cette performance est aussi un moyen de justifier de telles sommes. Le duel à distance créé également une attraction qui nous interpelle. Mais il n’est pas question de départager l’Agera RS et la Chiron au regard du simple argument vitesse.

On doute même que les millionnaires les plus capricieux puissent préférer une Agera RS à 1,5 millions à une Chiron qui coûte 2,3 millions juste parce que la première peut rouler plus vite plus rapidement, tant les deux voitures diffèrent.

Aurélien Gourgeon @auregourgeon

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