Sport automobile : quand le handicap pousse à l’exploit

Par Aurélien Gourgeon

Dans l’esprit commun, sport automobile et handicap sont deux notions qui ne vont pas de pair. Encore moins dans la compétition de haut niveau. Pourtant, depuis quelques années déjà, une poignée de personnes prouvent le contraire avec des prouesses remarquables. Si ces dernières restent isolées, leurs protagonistes démontrent que tout est possible.

Par Aurélien Gourgeon

Lorsque les feux rouges s’éteignent, le circuit du Castellet dans le Var est plongé dans une mélodie vrombissante. 27 voitures s’élancent pour 4 heures de course, créant des mirages dans l’air sec de ces premières chaleurs du mois de mai. Des Ferrari 488 et Lamborghini Huracan GT3, des Renault RS 01 et même des Ligier JSP3. Toutes font partie du championnat VdeV, créé en 1992 par Eric Van de Vyver, ancien pilote belge. Il autorise plusieurs catégories de véhicules à être réunies et à courir ensemble. Souvent, le championnat VdeV permet aussi aux écuries d’être un tremplin ou un moyen d’entraînement vers des épreuves d’endurance plus longues comme les prestigieuses 24 heures du Mans. Raison pour laquelle les monoplaces LMP (Le Mans Prototype) sont autorisées. Le départ de la course est donné dans la longue ligne droite principale face à des tribunes vides. Encore en rénovation, elles accueilleront dans moins d’une semaine les 160.000 spectateurs attendus pour le retour du Grand Prix de France de Formule 1. 

Un projet fou

Aujourd’hui, seuls les abonnés au circuit ont pu rentrer dans l’enceinte. Postés sur l’esplanade du grand bâtiment central, ils sont une petite centaine à assister au départ des voitures. Quand les concurrents disparaissent au bout de la ligne droite, les spectateurs traversent d’un mouvement général la terrasse. Ils se rendent de l’autre côté, qui permet de visualiser la partie arrière du circuit. Celui du Castellet est un des rares dans le monde à offrir un tel champ de vision. Plus bas, un même mouvement de foule se produit au niveau de la voie des stands. Mécaniciens, techniciens et membres d’écuries affluent vers leurs boxes respectifs.

Devant celui de l’équipage n°84, situé presque au bout de la rangée, un homme en fauteuil roulant, amputé des quatre membres, scrute déjà la piste. Derrière ses lunettes de soleil aux reflets bleus, Frédéric Sausset dévoile un air autoritaire et concentré. Il donne les premières consignes à son équipe. A 49 ans, il est le patron de la nouvelle écurie à son nom : La Filière Frédéric Sausset. Pour autant, ce chef d’entreprise est loin d’être inconnu dans le milieu. En 2016, il est devenu le premier quadri-amputé à participer aux 24 heures du Mans, grâce à un dispositif impressionnant, constitué de différents types de prothèses qui lui ont permis de piloter une monoplace LMP, comme celle qu’il engage aujourd’hui. Il se lance désormais dans un autre défi jamais vu : participer de nouveau aux 24 heures du Mans en 2020 en tant que chef d’écurie. Mais cette fois, avec un équipage constitué de trois pilotes handicapés. Cette première course est aussi la première étape d’une longue aventure.

FFSA : mode d’emploi et rapport au handicap

Pour comprendre à sa juste valeur l’ampleur du projet de Frédéric Sausset, il est important de connaître le fonctionnement du sport automobile et son rapport au handicap. La FFSA (Fédération française du sport automobile) compte 56 000 licenciés, répartis dans sept disciplines : rallye, circuit, montagne, tout-terrain, karting, VHC (véhicule historique de compétition) et drift (discipline de glisse importée du japon). Chacune d’entre elles contient plusieurs championnats, qui peuvent avoir eux-mêmes différentes catégories, à l’image du championnat VdeV auquel participe l’écurie de Frédéric Sausset.

Pour les personnes en situation de handicap souhaitant exercer une de ces disciplines, aucune fédération handisport équivalente n’existe. La FFSA délivre elle-même des licences dites « restrictives », réservées aux personnes handicapées. Aujourd’hui, elle en compte seulement 41 de ce genre*. Faire du sport automobile et être handicapé relève donc du privilège. Ces quelques personnes qui parviennent à exercer leur passion ou réaliser leur rêve ont toujours des parcours atypiques qui forcent à l’admiration. Mais les récentes performances comme celles de Frédéric Sausset ou de Philippe Croizon, lui aussi quadri-amputé ayant participé à l’édition 2017 du Paris-Dakar dans un buggy équipé d’un joystick directeur, ne relèvent pas seulement d’un progrès technique permettant leur intégration. Car les premiers exploits ne datent pas d’hier.

 On arrivait à avoir un kart d’occasion et à facilement l’adapter avec des commandes au volant. Le problème, c’est que nous n’étions acceptés nulle part.

Au début des années 1990 est né le handikart, une discipline encore méconnue du grand public. Aujourd’hui, Alain Nicolle en est un des représentants principaux depuis plus de 15 ans au sein de la FFSA. L’homme de 62 ans connait parfaitement son sujet. A ses débuts, le handikart avait été initié par le suisse Clay Regazzoni, un ancien pilote de Formule 1, raconte Alain Nicolle : « La discipline faisait même partie de la fédération handisport. Cela s’est arrêté en 1996 pour des problèmes de rivalité entre la fédération handisport et la FFSA. » La même année, plusieurs changements de délégation au sein du Ministère des Sports bouleversent la discipline. « Pour des problèmes de législations, assurance, règlementation, le championnat de karting s’était arrêté à ce moment-là », explique le sexagénaire.

L’arrivée des premières licences

Pourtant à cette époque, Alain Nicolle est bien décidé à faire du karting. Victime d’un accident de moto en 1988, il souhaite renouer avec des sensations de vitesse. « J’ai trouvé que c’était une discipline où l’on pouvait facilement adapter les machines, pour un rapport qualité-prix-sensation optimum », déclare-t-il. Alors, au début des années 2000, il tente de donner un nouveau souffle à la discipline : « On arrivait à avoir un kart d’occasion et à facilement l’adapter avec des commandes au volant. Mais le problème, c’est que nous n’étions acceptés nulle part. » Malgré tout, Alain Nicolle trouve des circuits où s’entraîner et commence à approcher la FFSA. Ce qui porte ses fruits en 2003, avec une avancée de taille : « La fédération a créé une licence entrainement et compétition. Elle nous permettait avec certaines restrictions et avec une visité médicale assez poussée, de rouler en entraînement et en course avec des pilotes valides, sans distinction de classement. » Cet élément déclencheur permet à Alain Nicolle et une autre personne en situation de handicap de participer, la même année, à la finale du championnat de France de Karting.

Le docteur Claude Meistelman est chef du service d’anesthésie-réanimation du centre hospitalier régional et universitaire de Nantes. En parallèle, il est vice-président de la commission médicale de la FFSA. Il a été l’un des premiers médecins sollicités par Alain Nicolle pour la création d’une licence dédiée aux handicapés. Il explique pourquoi son attribution a tardé à venir : « Le problème est que les médecins connaissent mal le handikart. Ce n’est pas évident. Pour bénéficier d’une licence handicapée il faut deux choses : avoir fait un test d’extraction, être capable de sortir de son véhicule. Ensuite, on peut éventuellement demander une épreuve sur circuit pour voir s’il la personne n’est pas trop pénalisée par son handicap, et pas trop pénalisante pour les autres. »

Même s’il assure que « les critères d’attribution de la licence sont bien codifiés au sein de la fédération », Claude Meistelman tient à préciser que certains points ne dépendent que de l’appréciation personnelle d’un médecin. « C’est un autre problème qui est le même pour tous les handisports. A savoir, à partir de quel niveau de handicap considère-t-on que les gens soient handicapés ? La perte d’un doigt est vraiment un handicap ? Toute la difficulté pour les courses handikart, c’est qu’il faut une égalité. Il n’y a pas que des gens paraplégiques. Il ne faudrait pas qu’un handicap très minime favorise un pilote ».

Du handikart aux 24 heures du Mans

De la même manière que les pilotes professionnels valides débutent par le karting, le handikart est aussi là pour ouvrir l’accès au haut niveau. Dans le trio de pilotes qui compose la Filière Frédéric Sausset, Snoussi Ben Moussa a fait ses classes en handikart. Le visage fin, affûté et souriant, il exprime toujours beaucoup de reconnaissance au moment de raconter son parcours. Son caractère de battant lui a permis de se forger un parcours rempli de belles surprises.

Snoussi Ben Moussa, à l’arrivée au circuit Paul Ricard. © AG

La première survient dès 2003 lorsqu’il participe à une sélection pour gagner le droit de faire une course du championnat Porsche Cup. « Ce volant changera ma vie. Mon histoire commence à ce moment-là », se remémore le pilote. « Je me retrouve sélectionné pour la finale, que je termine à la 3ème place », poursuit-il. Cette performance épatante va lui offrir bien plus qu’une participation à une course. « Le responsable de l’école de pilotage Pro Pulsion à Paris est impressionné. Il va alors m’offrir la possibilité d’être pilote instructeur », explique-t-il.

S’il arrive aujourd’hui à vivre de sa passion, Snoussi Ben Moussa a bataillé pour passer son Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS), obligatoire pour exercer la fonction d’instructeur. « Certaines personnes ont estimé que piloter avec une seule main n’était pas possible. Il a fallu que je me batte et que je montre que le handicap n’était pas un frein ». C’est avec cette même détermination qu’il a pu intégrer la Filière Frédéric Sausset. Ce dernier raconte : « J’ai fait une première sélection sur dossier à la fin de l’été dernier. Nous avons choisi plusieurs pilotes pour qu’ils viennent rouler au circuit de Maison Blanche (une partie du circuit du Mans, NDLR) au mois de Novembre. A l’issue de cette sélection, deux candidats sont sortis du lot : Nigel Bailly qui est belge et Snoussi Ben Moussa. »

Le projet a pris une autre dimension lorsque Takuma Aoki a intégré l’équipe dans des conditions différentes. Le pilote japonais de 43 ans a été victime en 1998 d’un grave accident de Moto GP, qui l’a laissé paraplégique. Depuis une dizaine d’années, il participe tout de même à des courses automobiles au Japon. « Il avait émis le souhait de me rencontrer », explique Frédéric Sausset. Après plusieurs échanges l’entrevue a lieu au salon Rétromobile de Paris, début février. « Nous avons ensuite organisé une journée de roulage et ce que j’imaginais était bien là. Takuma rentrait parfaitement dans l’esprit de la Filière, au niveau des qualités humaines et de pilotage », ajoute le chef d’écurie.

« améliorer le confort »

Au Circuit du Castellet, les trois pilotes découvrent pour la première fois la monoplace. Si les essais des jours précédents se sont bien déroulés, prendre le départ apporte toujours un stress supplémentaire. Expérience oblige, c’est Takuma Aoki qui s’en charge. La course étant longue de 4 heures, chaque pilote effectue un relais d’environ 1h20.

Le début de course se passe sans encombre et les chronos de Takuma Aoki sont réguliers et satisfaisants. Mais à l’approche du premier relais, les visages décontractés se ferment. Dans les épreuves d’endurance comme celle-ci, les ravitaillements dans les stands sont plus longs qu’en Formule 1. Il faut changer les pneus, nettoyer le pare-brise, éventuellement faire le plein. Mais surtout, le pilote doit sortir pour laisser sa place à son coéquipier. Dans le cas où les pilotes sont paraplégiques, la manœuvre est différente.

Le déroulement d’un arrêt au stand, avec le changement de pilote entre Takuma Aoki et Nigel Bailly. © AG

Via un panneau de signalisation qu’il déploie depuis le muret qui sépare la voie des stands de la piste, un mécanicien indique au pilote japonais le nombre de tours restants avant son entrée au stand. Sur son fauteuil roulant, Frédéric Sausset ne tient plus en place. Il scrute le début de la voie des stands, fait des va-et-vient entre ses mécaniciens déjà en position pour le ravitaillement et Nigel Bailly, le second pilote qui attend impatiemment son tour. Lorsque Takuma Aoki arrive dans la voie des stands, un membre de l’équipe ouvre la porte de la monoplace. Seul, il parvient à extraire le pilote japonais du cockpit et le dépose sur son fauteuil roulant apporté par sa compagne. Les jambes de Takuma Aoki, exténué par l’effort, tremblent malgré sa paraplégie. Il a à peine le temps de retirer son casque que Nigel Bailly est déjà parti pour son relais.

Frédéric Sausset le savait. Si la voiture est techniquement déjà équipée d’un frein et d’un embrayage au volant, l’objectif est aussi de faire des progrès en termes de confort. « Il faut améliorer la position de conduite des pilotes, notamment des deux qui sont paraplégiques. Comme ce sont des jambes mortes, ils souhaiteraient avoir un peu plus de choses pour les caler », explique-t-il. Mais adapter une monoplace de cette catégorie demande évidemment beaucoup de moyens. « Plusieurs dizaines de milliers d’euros », affirme le patron de l’écurie.

Une première réussie

La problématique se pose aussi du côté du handikart, avec la nécessité de sécuriser les machines et les rendre plus confortables, comme l’explique le docteur Claude Meistelman : « Quelqu’un qui est paraplégique peut avoir une fonte de muscle jusqu’à la paroi abdominale et avoir a du mal à se tenir. On réfléchit à un modèle de siège avec un arceau qui ne dénaturerait pour autant pas le comportement du kart ». Cependant, ici encore, ces adaptations demandent des budgets conséquents.

 Avant les 24h du Mans, il faudra gagner la bataille du budget.

C’est pourquoi, dans la Filière Frédéric Sausset, les trois pilotes qui ont été sélectionnés doivent être capable d’apporter une contribution financière. Pour y parvenir, Snoussi Ben Moussa a lancé une cagnotte en ligne sur un site de financement participatif. « Avant les 24 heures du Mans en 2020, il faudra gagner une autre bataille : celle du budget avec la recherche de partenaires. », admet le pilote instructeur.

Mais derrière un volant où dans les stands, l’aspect financier disparait. Surtout lorsque Snoussi Ben Moussa s’apprête à terminer la course, en cette fin d’après-midi au circuit du Castellet. Il ne reste plus qu’un tour. Le drapeau à damier commence à flotter. A l’inverse du départ, les équipages d’écuries traversent la voie des stands, de leurs boxes jusqu’au grillage qui les sépare de la piste. Tous ont la tête tournée vers la gauche, en direction du dernier virage, qui ouvre sur la longue ligne droite finale. Une première voiture apparait et file, seule en tête, vers la ligne d’arrivée. Des cris de joie retentissent, des bras s’agitent au même rythme que le drapeau du commissaire. Et puis les autres voitures affluent une à une.

Pourtant les vainqueurs passent presque inaperçus. Regards et objectifs d’appareils photos convergent tous en direction des membres de La Filière Frédéric Sausset. Snoussi Ben Moussa n’est pas encore arrivé. Agrippés à la grille à la seule force de leurs bras, Nigel Bailly et Takuma Aoki ne veulent pas rater ce moment. Lorsque la monoplace noire, bleu et orange déboule enfin puis passe la ligne d’arrivée en 23ème position, c’est l’explosion. Toute l’écurie se prend dans les bras et se félicite, sous le crépitement de la dizaine d’appareils photos, immortalisant la scène. Frédéric Sausset vient d’écrire une nouvelle page de l’histoire du sport automobile. Sous ses lunettes de soleil, qu’il n’a pas quitté de la course, le patron de 49 ans ne peut contenir ses larmes.

Les deux pilotes paraplégiques se félicitent à l’arrivée. © AG

Avec du recul, il en tire un bilan plus que satisfaisant : « Ça s’est remarquablement bien passé. Premièrement, il n’y a pas de faits de course particulier. La conduite des pilotes a été saluée par l’organisation et pour des pilotes qui découvraient la voiture le vendredi, c’est plutôt extrêmement positif. »

« Alimenter les différents championnats »

La 23ème place de l’écurie, qui peut paraître anecdotique, ne l’est absolument pour lui. Car Frédéric Sausset voit déjà plus loin. A l’avenir, le quadragénaire souhaite étendre la Filière Frédéric Sausset. « C’est au travers de cette filière que l’on va alimenter les différents championnats », explique-t-il, avant de poursuivre d’un ton plus sérieux : « Mais bien sûr, seulement l’élite des pilotes handis pourra y parvenir. Il y a aussi une notion de performance qui nous tient à cœur et sur laquelle on travaille toujours. » Un autre point important pour le développement de sa Filière est sa dimension internationale. Avoir des pilotes de nationalités différentes permet un rayonnement plus important : « Au japon par exemple, beaucoup de médias s’intéresse à l’aventure grâce à Takuma Aoki », explique le chef d’écurie.

Dépasser les frontières de l’hexagone est aussi un souhait d’Alain Nicolle avec le handikart, comme en témoigne le pilote : « On organise depuis trois ans le trophée international handikart. Cela permet aussi à des teams étrangers de se faire aider. On a eu une très belle édition en 2014 où un jeune sud-africain a gagné. » D’un point de vue plus critique, ces situations peuvent aussi se comprendre par le faible nombre de licences restrictives dédiées aux handicapés en France. Pour le cas de la Filière Frédéric Sausset, cela réduisait forcément les chances de compter un trio français dans son écurie.

Si j’avais dû attendre encore un ou deux ans, la brèche se serait peut-être refermée.

Malgré tout, ces initiatives entraineront peut-être un jour l’arrivée de plusieurs structures dédiées aux personnes en situation de handicap souhaitant accéder au haut niveau. Frédéric Sausset ne serait pas contre, mais selon lui, cela reste bancal : « Pourquoi pas. Nous on est présents en tout cas. Je pense que les championnats seront prudents quant à l’intégration de pilote handis mais toute concurrence est bonne à prendre. » Aujourd’hui, il est conscient que ce qui lui permet de faire entendre sa voix dans le milieu automobile est son premier exploit des 24 heures du Mans. « Mais ça reste très fragile. Si j’avais dû attendre encore un an ou deux ans, la brèche se serait peut-être refermée », admet l’homme, qui se remémore que « pendant de très longs mois, 99.9% des gens » ne voulaient pas qu’il y participe.

Si son aventure devait continuer, c’était donc maintenant ou jamais. Pourtant dans son livre publié en 2014, Ma course à la vie, dans lequel il raconte son parcours de son accident jusqu’à quelques mois précédant sa participation aux 24 heures du Mans, il déclare avant même la fin : « Mon prochain combat, c’est de m’inventer une vie après le Mans ». Finalement, son combat, il continue de l’écrire dans l’histoire du sport automobile.

* nombre de licences restrictives à l’été 2018

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