Porsche 911 GT3 RS : Diamant vert

Sa timide évolution sur le papier par rapport à l’ancienne génération et l’arrivée au catalogue de la monstrueuse GT2 n’enlève rien à la pureté ensorcelante d’une GT3 RS au sommet de son art et de son sex appeal.

Par Nicolas Gourdol - Photos Porsche

Non, ce n’est pas une romantique ! Et ne posez pas sur elle le regard attendri teinté d’un soupçon de pitié que l’on accorde au dernier spécimen d’une merveilleuse espèce. Qu’elle soit ou non l’ultime 911 purement atmosphérique de l’histoire (le mystère reste entier) la GT3 RS est une guerrière, l’arme la plus aiguisée jamais sortie de l’usine de Zuffenhausen. Un point c’est tout !

Sa puissance (520 ch) et même son rapport poids/puissance (2,75 kg/ch) pourraient la cantonner à la seconde division, mais d’autres chiffres clés de la fiche technique, plus abstraits pour les néophytes, tendent à prouver qu’elle évolue bien dans la première et dans le haut du tableau. Notamment ce “0,77”, produit du coefficient de traînée et de la surface frontale. Un SCx particulièrement médiocre si on le compare au 0,67 affiché par une simple GT3 ou au 0,74 de la GT2 RS. La nouvelle GT3 RS pousse l’air plus qu’elle ne le fend mais c’est pour la bonne cause : générer des appuis jamais atteints jusqu’ici par une 911 de série. À 300 km/h, l’auto se leste de 416 kg ! À braquage d’aileron égal, la GT2 RS se contente de 340 kg à 340 km/h tandis qu’une simple GT3 génère seulement 155 kg de déportance à 320 km/h. Aucune concurrente ne fait le poids dans ce domaine, hormis peut-être la 488 Pista dont les valeurs précises d’aérodynamique n’ont pas encore été dévoilées et seraient tout juste comparables.

Chasse au chrono

On comprend ainsi un peu mieux comment le Français Kevin Estre (cocoricoooo) a pu signer un chrono aussi sensationnel sur la mythique Nordschleife : 6’56”40, soit seize secondes de mieux que la GT3 ordinaire ! Pour mémoire, la Huracán Performante revendique 6’52”01 et la GT2 RS de 700 ch détient le record chez les GT de série en 6’47”30. Rien d’étonnant dès lors à ce que Porsche choisisse le Nürburgring pour nous dévoiler sa dernière fine lame. Sur la piste F1, pas la boucle Nord, ce qui ne rend pas l’expérience banale pour autant…

70 % des acheteurs de GT3 RS roulent régulièrement sur circuit, et chez Porsche on a bien conscience que le seul bonheur d’entendre hurler un flat six atmosphérique ne suffit pas pour entretenir le mythe. Le chrono reste essentiel et le paramètre pneumatiques plus que jamais déterminant. C’est ainsi que Frank Stephen Walliser, le boss de la branche GT, nous confie que c’est à la demande expresse de son équipe que Michelin a développé un nouveau pneu ultra-hautes performances.

Il s’agit d’une évolution du fameux Pilot Sport Cup 2 dont le suffixe “R” cache une gomme et une carcasse spécifiques. L’objectif est clairement affiché : pouvoir rivaliser avec les Pirelli Trofeo R qui équipent les McLaren et autres Lamborghini, quitte à perdre en polyvalence et en durée de vie. Porsche parle d’un gain de cinq secondes sur la Nordschleife. Autrement, dit, sans les Cup 2 R, la GT3 RS ne serait pas passée sous la barre symbolique des 7 minutes. Voilà des ventouses qui auraient fait la joie de la GT2 RS pour se hisser au niveau de la concurrence lors du grand comparatif qui précède… À bon entendeur.

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Les super Michelin sont disponibles dès à présent en option gratuite uniquement chez Porsche. La marque jouit en effet de l’exclusivité jusqu’à la fin de l’année. Lors de notre essai, malheureusement, aucune auto ne bénéficiait de cette nouvelle monte pneumatique.

Sur le rapide et technique tracé de 5 km de la piste F1, ce n’est pourtant pas l’impression de manquer de grip qui prédomine. Chaussée en “simples” Cup 2, la GT3 RS est déjà un monstre d’efficacité capable de déclencher une charge émotionnelle comme seule une poignée de voitures de route sur la planète. « 11 000 pièces qui forment un tout », nous lance fièrement Oliver Berg, le chef de projet, durant la conférence de presse. La punchline marketing pourrait faire sourire si elle ne résumait pas à merveille cette 911.

« Quelques coups d’accordéon permettent de jauger du tranchant hors du commun »

Comme sur la GT2 RS dont on retrouve bon nombre d’évolutions, le châssis est désormais monté “rigide” sur rotules Unibal et bénéficie d’astucieux ressorts compensateurs pour assurer les débattements nécessaires à une polyvalence de bon aloi. Le toucher de route et le corps à corps avec l’auto n’en sont que plus sensuels et utiles à la perception du grip et de l’équilibre du châssis. Malgré les hanches larges (+28 mm), d’énormes pneumatiques (ceux de la GT2) et son attirail aérodynamique, la RS peut se targuer d’afficher exactement le même poids que la GT3 tout court, soit 1 430 kg en ordre de marche.C’est 40 kg de moins qu’une GT2 RS.

Comme sur cette dernière, les ailes avant sont en carbone, de même que l’aileron réglable et le capot arborant des prises d’air NACA pour refroidir les freins, tandis que le toit creusé est en magnésium et que la lunette ainsi que les vitres arrière sont plus fines. Le pack Weissach à 18 000 euros permet de gagner 17 kg supplémentaires avec du carbone pour le toit, les barres antiroulis, les biellettes de suspension et du titane pour l’arceau. Et tant qu’à faire, autant craquer pour les jantes en magnésium à 12 000 euros qui allègent de 11 kg les sacro-saintes masses non suspendues.

L’accord parfait

Une GT2 RS nous sert de pace car durant nos deux runs de cinq tours et, si son pilote ne manque pas de nous montrer qu’il dispose de 180 ch de plus en sortie de virage, il freine un peu trop nos ardeurs à l’approche des obstacles. Quelques coups d’accordéon permettent toutefois de jauger du tranchant hors du commun et surtout des progrès qui semblent avoir été accomplis en termes d’équilibre. Outre les retouches apportées au châssis, les roues arrière directrices travaillent avec plus de justesse. La précédente GT3 RS sous-virait plus en entrée, n’enroulait pas avec le même naturel et pouvait rapidement se montrer vicieuse à la limite. Désormais, je retrouve la merveilleuse confiance inspirée par une GT3 ordinaire, doublée d’une proximité plus forte avec l’univers de la course et d’un grip supérieur à celui de la GT2.

On ne dispose certes pas de 700 ch et d’un couple dévastateur pour exploiter l’un des meilleurs châssis de la planète, mais Dieu sait que le flat 6 atmosphérique est à sa place. Je ne fais pas seulement référence à son chant extatique à 9 000 tours, encore plus racé et vibrant que celui de la GT3. Évitons les banalités… Je vous parle d’un accord moteur/monture parfait, de la juste dose de puissance et d’émotion pour explorer jusqu’à l’overdose l’immense potentiel de cette pistarde pur jus.

Le bloc 4,0 litres bénéficie de retouches au niveau de l’échappement en titane, de la gestion et de l’admission. Vingt chevaux sont gagnés, voire davantage à haute vitesse, grâce aux prises d’air latérales héritée de la 911 Turbo qui permettent une admission “forcée” bénéfique au rendement. Si la GT3 permet encore d’opter pour la boîte mécanique, la RS s’en remet uniquement à la PDK à double embrayage. Un modèle du genre, en agrément comme en efficacité. Notez que le pont court est en partie compensé par la circonférence de roulement supérieure des pneumatiques. 

Les performances annoncées restent exceptionnelles pour une auto d’à peine plus de 500 ch. Le 0 à 100 km/h est identique à celui de la GT3 (3”2) et le 0 à 200 progresse de quatre dixièmes (10”6). Des données bien secondaires lorsque l’on aborde à fond de quatre la courbe Advan, à 200 km/h, les tympans à vif et le corps qui pèse aussi lourd sur le flanc gauche des baquets monocoque que les 140 kg d’appuis sur l’auto à cette vitesse.

Je vous parie que la nouvelle GT3 RS descendra largement sous les 1’50’’ à Magny-Cours GP, sous les 1’18’’ sur la piste Club, bref qu’elle jouera dans la cour des grandes et fera le plus grand bonheur des rares privilégiés (70 en France) qui ont pu la commander. Les possesseurs de GT2 RS ayant dépensé 100 000 euros de plus pourraient même être jaloux… s’ils n’ont pas les deux. 

FICHE Porsche 911 GT3 RS (991.2)

Moteur : flat-six 4 litres atmosphérique
Puissance : 520 ch à 8 250 tr/mn
Couple maxi : 470 Nm à 6000 tr/mn
Transmission : propulsion
Boîte de vitesses : 7 à double embrayage
Poids annoncé : 1 430 kg

Performances
0 à 100 km/h : 3’’2
      200 km/h : 10’’6
Vitesse maxi : 312 km/h

Prix : 198 335 € – Malus : 10 500 €

Cet essai est à retrouver dans le n°82 de Motorsport